Pas mal de choses à dire et à raconter ces jours. Il est donc temps de réactiver ce blogue. Depuis trois ans, j’ai publié quelques trucs. Commençons donc par celui-ci, paru en mars 2016, à propos d’une pratique barbare datant d’un temps pas si lointain : la symphysiotomie. Cette rivale historique de la césarienne a survécu jusque dans les années 80 en Irlande. A lire sur l’excellent site Gynger.fr.

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« Pendant plus de quarante ans, des médecins irlandais ont sectionné le bassin de femmes enceintes pour éviter de leur faire une césarienne. Une pratique sous influence catholique aujourd’hui dénoncée avec vigueur par des dames âgées et déterminées.

Les circonstances de la naissance du premier enfant de Rita MacCann ont changé sa vie. Près de soixante ans plus tard, elle se souvient du moindre détail de l’opération. La douleur, l’angoisse et l’incompréhension. A l’âge de 31 ans, Rita MacCann a subi une section de la symphyse du bassin effectuée par un obstétricien de la réputée National Maternity Hospital de Dublin. Une opération tombée en désuétude partout ailleurs en Europe, mais ressuscitée en Irlande pour des raisons idéologiques. Entre 1944 et 1992, environ 1500 femmes auraient subi cette intervention, payant souvent toute leur vie le prix de cette chirurgie. »

https://www.gynger.fr/irlande-mutilees-a-laccouchement-au-nom-du-saint-esprit/

 

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La maison d’édition L’Agrume, qui publie de très beaux livres graphiques, vient de faire paraître le premier numéro de la revue Citrus, à laquelle j’ai eu le grand plaisir de participer. Avec l’illustratrice Sandrine Bonini, nous nous sommes penchées sur la vie des arbitres, ces anti-héros modernes, garants de l’ordre dans un sport très show-bizz.

Ou comment je me suis retrouvée dans un vestiaire de footeux à disséquer les subtilités du hors-jeu.

17,50e pour 240 magnifiques pages. En vente dans toutes les bonnes librairies.

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Illustration de Colombe Salvaresi

Après la polémique sur les pilules de 3 et 4e génération qui a gagné la France début 2013, de très nombreuses femmes ont décidé de changer de mode de contraception. Le stérilet connaît d’ailleurs son heure de gloire : depuis décembre 2012, les ventes de DIU sans hormones ont augmenté de 45%. Et les hommes dans tout ça? 

Outre le préservatif, la contraception masculine reste quasi inexistante. Le Planning organisait le 14 octobre une conférence de presse pour mieux faire connaître des méthodes établies mais très peu diffusées.

Des méthodes confidentielles mais établies

S’il n’existe pas de pilule pour homme, il existe une méthode hormonale. Son principal promoteur français, l’andrologue Jean-Claude Soufir, la propose depuis vingt ans à des couples lorsque la femme supporte mal la contraception féminine. Il s’agit d’injections hebdomadaires d’hormones mâles. Ce protocole a été largement testé par des chercheurs affiliés à l’Organisation mondiale de la santé et est considéré comme sûr.

Une autre méthode, bien plus artisanale mais tout aussi efficace, a été mise au point par un médecin toulousain, Roger Mieusset, en partenariat avec des militants de la cause des hommes¹. Elle utilise la température pour inhiber la production de spermatozoïdes viables. Le slip contraceptif, ou «remonte-couilles», remonte les testicules contre la verge et les réchauffe de quelques degrés centigrade. C’est assez pour enrayer la chaîne de production. Les hommes qui utilisent ce slip le font une quinzaine d’heures par jour et sont généralement stériles après trois mois d’utilisation.

Dans les deux cas, la stérilité est vérifiée par spermogramme. On considère qu’en dessous d’un million de spermes viables par éjaculation, elle est bel et bien atteinte.

Des obstacles culturels, et commerciaux

Très peu d’hommes utilisent ces méthodes. En effet, la contraception masculine n’est pas connue des médecins. Plus généralement, dans la culture populaire, la contraception est d’abord une affaire de femmes. Voir, par exemple, sur LE site d’information santé le plus fréquenté de la francophonie :

Les femmes sont les principales concernées par la contraception.

Les femmes seraient les principales concernées par la contraception.

On pourrait considérer cet état des choses comme naturel. Les femmes étant plus susceptibles de subir les conséquences d’une grossesse non désirée que les hommes, elles sont donc plus préoccupées par la contraception que leurs compagnons.

Mais si les hommes se préoccupent peu de contraception, est-ce parce qu’ils ne sont pas programmés pour? Cette idée essentialiste de la contraception tourne court, écrit Brenda Spencer, enseignante en médecine sociale et préventive à l’Université de Lausanne, si l’on prend la peine d’examiner les attitudes sur le long terme. Au 19e siècle, le coït interrompu a joué un rôle prépondérant dans la baisse de la fécondité européenne. Preuve que les hommes ont déjà pris au sérieux leur responsabilité dans la fertilité de leur couple.

Aujourd’hui, les sondages indiquent que les hommes sont de plus en plus nombreux à être intéressés par une contraception masculine (plus d’un homme sur deux, selon un sondage Louis Harris mené en 2001). Brenda Spencer dénonce le poids des préjugés à l’égard des hommes, tenus pour des irresponsables en la matière. «Etant donné les risques liés à la pilule, on pourrait croire que les hommes veulent partager la responsabilité de la contraception avec leur compagne, pourquoi pas? Mais on préfère rester sur l’idée qu’ils ne voudront pas.»

La contraception c'est aussi pour les garçons!

Illustration de Colombe Salvaresi

Le désintérêt de l’industrie pharmaceutique

S’il existe sans aucune doute des obstacles d’ordre culturel à la diffusion de la contraception pour hommes, ils se combinent à des considérations pratiques. Le développement de médicaments est confié dans l’essentiel à l’entreprise privée. Celle-ci n’éprouve manifestement pas une motivation débordante à se lancer sur la piste d’une contraception masculine.

Plusieurs entreprises ont considéré l’idée de mettre en marché la contraception hormonale pour hommes, mais aucune ne l’a fait. Depuis l’avènement de la pilule, les coûts liés à la mise en marché d’un médicament ont explosé. Un coût qui pourrait justifier la frilosité des firmes pharmaceutiques, selon le consultant Paul-Etienne Barral. «La notion de sécurité, surtout pour des produits pris au long-court qui ne sauvent pas de vies, devient considérable pour l’industrie pharmaceutique». Une sécurité qui doit être démontrée par de longs essais cliniques.

Ces craintes étaient loin d’être aussi prégnantes lorsque la pilule pour femmes a été mise au point, dans les années 50. Il avait alors suffi d’enrôler quelques centaines de Portoricaines qui ne comprenaient pas bien ce qui leur arrivait, d’écarter les quelques décès survenus en cours d’étude… et hop, mise en marché. Un risque qu’il est inimaginable d’infliger aux hommes aujourd’hui

Entre temps, le docteur Soufir continue de prescrire ces injections de testostérone, sans qu’elles ne possèdent d’autorisation explicite pour cette utilisation (ce que l’on appelle une «autorisation de mise en marché»). Sauf que l’AMM doit être demandée par une entreprise… et que donc, aucune ne l’a demandée.

Plombée par les frilosités et les préjugés, l’absence d’investissement dans la recherche reste elle aussi frappante. La part des budget de recherche sur la contraception des grandes agences de santé qui est dédiée aux méthodes masculines oscillerait entre 7 et 15%.

Jusqu’ici, les forces sociales qui ont impulsé le développement de la contraception masculine depuis les années 70 n’ont clairement pas suffi à pousser ces méthodes vers le « mainstream ». L’implication du Planning familial est sans aucun doute une bonne nouvelle pour ses promoteurs. Mais le travail qui reste à faire, entre formation de médecins et diffusion de l’information au grand public, est important.

Dans les années 50, l’Américaine Katharine McCormick, la suffragette millionnaire avait mis sa fortune au service du développement de la contraception féminine. Alors, on se cotise?

1. L’ARDECOM, fondé à la fin des années 70, est un groupe de parole masculin qui se penche sur l’identité masculine et qui cherche à déconstruire les rôles sociaux imposés aux hommes.

2. L’anthropologue Nelly Oudshorn a expliqué le mécanisme par lequel la contraception masculine était soumise à une logique du risque zéro, alors que la féminine est plutôt analysée à travers une grille bénéfice/risque. (The Male Pill : A Biography of a Technology in the Making, Duke University Press, 2003).

Pour en savoir plus :

Vade retro spermato : le site du documentaire de Philippe Lignières, aborde ces deux méthodes et le rôle prépondérant de l’ARDECOM dans leur diffusion en France.

La contraception masculine, ouvrage collectif sous la coordination de Jean-Claude Soufir et de Roger Mieusset, paru chez Springer en 2013. Un livre très complet sur les aspects médicaux, historiques et sociaux de la contraception destinée aux hommes.

Merci à Colombe Salvaresi pour les illustrations qui accompagnent cet article!

L'hôpital en crise - mediapart.fr

J’ai suivi le Dr. Dominique Valla dans les couloirs du service d’hépatologie de l’hôpital Beaujon, à Clichy. Un médecin à la fois très attachant et très en colère… 

« Les efforts de meilleure gestion et de réorganisation doivent être amplifiés »,« l’ensemble des établissements hospitaliers doit s’engager dans des mutations indispensables ». Dans son rapport sur la Sécurité sociale rendu public mardi 17 septembre, la Cour des comptes consacre pas moins de 6 chapitres, sur 18, à l’hôpital. Sous l’angle, désormais habituel, de « la maîtrise des dépenses hospitalières ». Pourtant sur le terrain, l’hôpital est en souffrance. Et son bourreau connu : la financiarisation.

Dans le service d’hépatologie de l’hôpital Beaujon, à Clichy, la peinture s’écaille, le mobilier tangue et le réseau informatique tombe régulièrement en panne. Le chef du service, le professeur Dominique Valla, est exaspéré : les moyens manquent et la paperasse a envahi ses journées. À 61 ans, il a décidé de renoncer à son poste de chef de service.

« Depuis cinq ans, je suis en colère permanente », déclare ce spécialiste des maladies du foie. Il y a cinq ans, débutait la discussion de la loi Hôpital, patient, santé et territoire (HPST), promulguée en 2009, et décriée par la quasi-totalité des hospitaliers. Et pour cause : alors que Nicolas Sarkozy justifiait la loi en disant « il faut un vrai patron à l’hôpital », les médecins étaient écartés des commissions médicales d’établissement, réduits au rôle de consultant dans l’administration. Cette loi succédait à la généralisation de la tarification à l’activité (T2A) adoptée en 2008. Les hôpitaux ne reçoivent plus de budgets globaux, mais sont rétribués selon le nombre et la nature des soins qu’ils dispensent.

Pour lire l’article au complet, il faut s’abonner (mais ça en vaut la peine)…

http://www.mediapart.fr/journal/france/220813/plongee-dans-un-hopital-etrangle-par-la-gestion-financiere

Psychiatrie medicaments

Les médicaments utilisés pour traiter la dépression, mais aussi la schizophrénie et bien d’autres maladies psychiatriques n’évoluent plus, ou presque. Plusieurs chercheurs américains dénoncent l’inertie qui s’est emparée de la recherche appliquée en psychiatrie.

Pas un seul médicament nouveau n’aurait émergé au cours des 30 dernières années dans le domaine de la psychiatrie, écrit le professeur Richard Friedman dans le New York Times.

Pourquoi ? L’idée selon laquelle la maladie mentale résulte d’un déséquilibre chimique dans le cerveau ne tient plus la route, analyse le New Yorker. Le déséquilibre est un »indicateur » plus ou moins fiable de l’humeur dans laquelle se trouve un patient. Pas une cause.

Or, cette théorie, véritable dogme de la neuropsychiatrie, a été au coeur de la quête de nouveaux médicaments pendant des décennies. « Sans un nouveau cadre explicatif, les chercheurs de l’industrie ne savent même pas par où commencer », écrit l’hebdomadaire new-yorkais. Désemparée, l’industrie pharmaceutique désinvestit donc le domaine de la psychiatrie.

Friedman, comme d’autres avant lui, plaide pour qu’elle s’y remette. Prenons des risques, suggère-t-il. Risques financiers, mais aussi médicaux : que les cobayes volontaires lèvent le doigt !

Avec le Web, les rapports hiérarchiques fondés sur le seul titre prennent du plomb dans l’aile. Ce doit être assez affolant pour le professionnel qui avait l’habitude de se faire traiter de « docteur » avec déférence. Mais les médecins ne sont pas les seuls à voir leur expertise remise en cause. 

Doctor I disagreeSans aucun rapport avec la santé, mais tout même un peu, vous le verrez. La police lyonnaise a vu ses efforts pour écrouer un violeur sérieusement perturbés par la diffusion de rumeurs sur les réseaux sociaux.

En bref, confrontés à un violeur en série, la police lyonnaise ont préféré jouer la discrétion pour que le gredin continue à sévir. Ils se réservent ainsi une chance de l’attraper en plein délit.

Hors, l’affaire s’est ébruitée. Face à un climat de psychose alimentée par les rumeurs les plus folles circulant sur les réseaux sociaux, les autorités universitaires ont décidé de mettre en garde la communauté estudiantine via un mail (3 des victimes étaient étudiantes).

Sabotage!, ont alors protesté les enquêteurs. Indignation pour indignation, un universitaire répond : « Prendre une étudiante et l’attacher comme une chèvre au piquet, c’est limite. »

Voici donc que le web empêche les experts de décider seuls des risques que la population peut encourir au nom du « bien public ».

Ca me rappelle quelque chose…

Lire ici : A Lyon, une enquête sur une série de viols perturbée par les réseaux sociaux.

Marisol Touraine annonce les grandes lignes de sa réforme de l’hôpital en ce moment même. Dans cet entretien au site spécialisé « Décision santé », très technique – je ne comprend pas tout… – elle détaille son plan, qui vise à :

– Redonner un rôle central aux personnels médicaux dans l’administration hospitalière ;

– Réévaluer l’importance de la tarification à l’acte dans le financement des hôpitaux ;

– ET, une grande nouveauté après ces deux mesures consacrées à détricoter l’héritage de la loi Bachelot, créer des comités usagers dans chaque établissement !

J’ajoute que la rénovation de la démocratie à l’hôpital repose sur le renforcement de la démocratie professionnelle, mais aussi de la démocratie sociale et sanitaire, par l’accroissement du rôle des patients. La création d’un comité technique des usagers est une réponse pour moi essentielle à cette exigence.

via Décision Santé: Marisol Touraine : je lance l’acte 3 de la tarification à l’hôpital.

Intéressant n’est-ce pas ?